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dimanche 10 novembre 2013

Insaisissables rythmes


Bon, on s'était jusqu'ici retenu. Mais c'est à ne plus résister. Le monde de l'éducation se paye un beau psychodrame national, un de plus, dont la France a le secret. Et l'on aura réussi à stigmatiser une évolution qui relève, à l'examen, du simple bon sens : les journées scolaires sont trop longues et il faut les raccourcir.

A partir de là, plus rien ne va. C'est trop évident, pas assez idéologique, pas assez conflictuel. Alors rajoutons-en, des arguments bidons, des exagérations de toute sorte. Instrumentalisons, instrumentalisons : il en restera toujours quelque chose.



Mais à qui la faute ?

D'abord à ceux qui, chargés de conduire la réforme, ne l'ont apparemment ni comprise, ni lue, ou plutôt défendent une réforme qui n'est pas celle qu'il s'agit d'appliquer. Ministre en tête, qui affirme sans vergogne que les fameuses activités péri-scolaires seront offertes à tous les enfants et gratuitement. Mais où a-t-il péché ça, puisque les maigres dotations non pérennes inscrites dans les textes actuels sont sans rapport avec les sommes qui permettraient de compenser pour de vrai la création de ces nouvelles charges pour les communes, les rendant du coup obligatoires ?

Ensuite, sans doute à quelques uns de ceux qui se sont précipités tête baissée dans le dispositif pour une application dès cette rentrée, conduisant à des aberrations indéfendables et sans doute minoritaires, au moins faut-il l'espérer. Au nom de la solidarité entre camarades socialistes, ce dont les familles se moquent pas mal, et les enfants encore plus.

Enfin, aux opposants qui s'opposent, mais c'est après tout dans leur nature. Sans toutefois oublier que c'est bien le Ministre Darcos qui est directement à l'origine de la dernière manipulation de la semaine scolaire.



Alors reprenons quelques éléments.

Premier élément : le Roi est nu. L'Etat est miséreux et incapable de manager correctement son million bien pesé de fonctionnaires de l'Education nationale autrement que par la diffusion de son "Bulletin Officiel".

Qu'il en tire toutes les conséquences : qu'il organise la définition concertée des objectifs à atteindre, qu'il assure leur bonne explication auprès de l'ensemble des partenaires concernés, grand public y compris. Pour une fois, ce n'est pas trop difficile.

Et puisqu'il laisse faire les pouvoirs locaux en conséquence. Ils ont appris depuis longtemps maintenant à organiser des activités périscolaires, merci pour eux. Autrement dit, qu'il fasse confiance, et qu'il ne contrôle que là où c'est nécessaire.

Au lieu de cela, nous avons affaire à un salmigondis de procédure porté par les Inspecteurs de l'Education nationale, qui ne disposent pas du début du commencement des moyens pour agir ou au moins aider les élus locaux - notamment en milieu rural - et peinent même à masquer l'ambiguïté de leur mission. Pourquoi organiser ainsi les choses ?

On passera sur l'affaiblissement de facto d'un Ministre qui n'a en tête que la préparation des prochaines européennes et n'assurera pas, à l'évidence, le service après-vente de "SA" réforme.

Deuxième élément : sans entrer dans les brillantes théories de tel ou tel chronobiologiste, on peut affirmer que le rythme quotidien n'est qu'un rythme parmi les autres, et qu'on laisse la question du rythme annuel en jachère. Alors qu'un quasi consensus était atteint sur la trop longue durée des vacances d'été. Pourquoi n'y a-t-il aucune expression institutionnelle sur la question ?


Troisième élément : nous sommes bien français, hélas, et en pédagogie aussi. 

Et nous voici en train d'inventer les usines à gaz qui vont ENCORE transbahuter les enfants en fin de journée d'intervenant en intervenant, d'activité en activité. Et en rajouter encore et encore, des contraintes, des contenus, des adultes responsables, alors que beaucoup d'enfants se trouvent déjà dans les accueils périscolaires à partir de 7 h 00 du matin chaque jour d'école...

Sans même mentionner les lieux où il faut sortir brutalement les enfants de maternelle de leur sieste pour "aller aux activités". 

Alors qu'il s'agirait d'abord de créer des lieux de vie, des cadres de relation, des modes d'intervention sécurisants, individualisés et conviviaux. Quand saura-t-on exprimer cela ? Quand saura-t-on enfin avoir ce respect de la personne enfantine, de ne pas repousser sa respiration quotidienne dans les seuls interstices de programmes d'activités bien trop denses ? Quand cessera-t-on enfin de technocratiser l'acte éducatif ?

Quatrième élément : le rythme biologique n'est pas un absolu. Certes, des éléments scientifiquement fondés existent quant aux rythmes biologiques des enfants. Pour autant, l'enfance n'est pas un empire dans un empire. Elle vit dans une société qui connait, elle, des rythmes autres.

Ainsi, dans une société où près de 50% des mariages se terminent en divorce, où la majorité des enfants naissent hors mariage (55% en 2012 dit l'INED), on ne peut pas vraiment ignorer les contraintes liées aux droits du parent qui n'a pas la garde permanente de l'enfant. C'est ainsi.

Pour finir, si cette réforme - une de plus pourrait-on dire - est l'occasion, enfin et authentiquement, d'instituer, partout où elle fait encore défaut, une démarche pérenne, ouverte et concertée de projet éducatif local, elle  sera alors pleinement  légitime, et, autant que possible, intelligente.

Mais il y a une condition à cela : que chaque acteur concerné fasse l'effort de regarder objectivement les conditions de vie des enfants dans notre société si moderne, et n'instrumentalise pas le débat à son profit.

C'est le moindre du respect du aux enfants dans une société qui chahute tant leur vie de tous les jours.

Nota : Les illustrations sont piquées à Jack Koch, enseignant-dessinateur, pour sa vision tendre de l'école et des enfants.http://dangerecole.blogspot.fr


dimanche 28 juillet 2013

Chers Conjurateurs


Mais quelle mouche a piqué Jean-Paul Kauffmann - le même qui fut otage au Liban avec Jean-Louis Normandin ? Remonter la Marne à pied, de Charenton au plateau de Langres, au gré des villes et villages de ce proche orient français, de ses habitants, de ses paysages. Y auriez vous pensé ? 

Il s'en explique longuement dans le livre, alors que la Marne n'est même pas un fleuve, et que l'intéressé n'est pas du tout Champenois d'origine, ni Francilien, à la rigueur, 

Alors pour une fois qu'il est question de ces régions si floues pour la mémoire collective nationale, mais qui sont les nôtres, on se régale.

Et surtout, on s'y retrouve : dans la description des lieux et des gens, cachés dans l'épaisseur des marges de ce "Désert entre la Lorraine et la Région parisienne", comme un jour un géographe a qualifié la Champagne-Ardenne.

Bien vu, tout cela, Monsieur Kauffmann. 

Jusque dans la manière dont il qualifie nombre de personnages rencontrées, les "Conjurateurs". Des Conjurateurs, j'en connais mille ici. 

Insensibles aux modes, vivant de peu, ils tournent le dos à la société telle qu'elle nous est présentée par les grands médias, telle qu'elle est fantasmée par les élites à l'attention de la société. Planqués dans l'angle mort du modernisme et de la société de consommation à outrance, totalement ignorés des décideurs et gens d'influence, ils vivent pourtant ici, au bord de la Marne comme partout ailleurs, et ont surtout la sagesse de vivre selon leurs prescriptions, d'ignorer la pression de conformité de la machine consumériste et politico-médiatique. 

Les Conjurateurs témoignent de réalités sociales et politiques très profondes qu'il faudra un jour penser : la déconnexion totale des élites, le rejet d'un modèle de société technocratisant et déshumanisant, la conjuration de toutes les modes, le rejet de toute pensée unique.

Vivent les conjurateurs.

samedi 21 avril 2012

Stupor Mundi


Très désolé pour les visiteurs réguliers du Blog pour cette pause que je leur inflige. Sans doute  la période actuelle est-elle en cause, car la raison reflue et la stupeur s'installe dans la contemplation de ce monde.

Pour comprendre, je lis Stiegler... mais je reviendrai... sans doute


lundi 19 décembre 2011

Changement d'ère

- Le bureau officiel de la statistique dit qu'un américain sur six est sous le seuil de pauvreté !
- Et vous voudriez que je paie pour cette mauvaise décision d'être pauvre ?

Deux longs mois sans message sur le blog "En attendant" : voilà qui mérite explication. C'est qu'un blog, ce n'est pas la réalité... et la réalité nationale, européenne, internationale, à bien des égards révolutionnaire, avait beaucoup à offrir dans la période.

Résumons : alertes sur l'endettement public, attaques contre la zone Euro, leadership économique des pays émergents. L'avantage des crises, il faut bien qu'il y en ait, c'est qu'elles dévoilent de manière particulièrement évidente les mécanismes économiques mis en oeuvre par les pouvoirs politiques et économiques.

Alertes sur l'endettement public : cet endettement serait sans doute bien moindre en France si le gouvernement n'avait pas multiplié les cadeaux fiscaux et autres complaisances ni dépensé sans compter pour renflouer les banques en 2008. Ajoutons que si l'endettement public est un indice du bien vivre ensemble - comme il devrait l'être - et qu'en la matière le contrôle et la rigueur de la dépense doivent être de mise, l'exemple ne vient pas d'en haut : la seule application de la TVA à 5,5% à la restauration ruine les efforts représentés par la suppression d'un poste de fonctionnaire d'Etatsur deux au départ en retraite, pratique mise en oeuvre il y a trois années déjà. Alors, comment ne pas penser que l'endettement public est bien creusé par une politique droitière, clientéliste et au final aberrante ?



Attaques contre la zone Euro : mais comment entendre sans bouillir ces cris d'orfraies ? Qui au juste parmi les responsables un peu avertis ignorait que le péché originel fondateur de l'Euro se paierait cash un beau jour, qui semble bien être advenu ? L'addition est lourde, des approximations et de la médiocrité des dirigeants européens de ces dernières années : admission dans la zone Euro de pays qui n'ont rien à y faire, absence de gouvernance économique intégrée, transformant la monnaie commune en chèque en blanc pour le sud de l'Europe, affaiblissement des institutions communes de l'Union européenne au profit d'une logique intergouvernementale où le tandem essoufflé Merkozy, politiquement en bout de course dans leurs pays respectifs, dicte sa pauvre loi à tous les autres dirigeants, qui valsent d'ailleurs au gré des notations et des marchés.

A gauche : les manifestants de Wall Street, incarcérés pour avoir protesté
A droite : les banquiers de Wall Street, incarcérés pour avoir détruit l'économie mondiale

Leadership économique des pays émergents : encore une fois, comment s'étonner du rôle éminent des BRICS, qui croulent sous les liquidités, mais aussi sous les injustices, la maltraitance de leurs populations, l'indigence de leurs services publics, les inégalités économiques abyssales... Est-ce vraiment ce modèle qu'il faut adapter pour s'en sortir ? Pas certain. En tout cas on n'en a pas envie.

(Dîner d'Etat pour la Chine)
Ecoute, si tu veux m'emprunter de l'argent, tu n'as qu'à le dire !

Alors que faire ? Il appartiendra d'abord aux dirigeants politiques qui seront nouvellement élus en France et en Allemagne en 2012 et 2013 de rénover leur message... Car il faut, notamment en France, faire comprendre que l'argent public est infiniment respectable et qu'il doit être infiniment respecté dans son usage. Ensuite, enfin passer de l'autre côté de la rivière et ne pas rester au milieu du gué de l'Euro : instituer une vraie gouvernance économique européenne, à moins de 27 pays à l'évidence, organiser la convergence des économies, des niveaux de vie, des conditions sociales... Enfin ! 

Ou bien alors, revenir en arrière et replonger dans les facilités de l'inflation et du taux relatif des monnaies entre elles... Ce qui marque évidemment la fin de la monnaie commune.  Pourquoi pas, mais au moins le choix doit-il être clair.

En somme, quelques mois passionnants s'ouvrent à nous. Ardus aussi.

Une répartition en forme de coupe de Champagne
En haut, les plus riches possèdent 82.7% de la richesse mondiale



dimanche 4 septembre 2011

Fin de règne



Il faudrait écrire quelque chose d'intelligent sur les fins de règne. Monarchistes invétérés habillés en républicains tardivement, les Français connaissent bien ces périodes crépusculaires au cours desquelles la violence des attaques et coups bas sont à la mesure de l'image que le souverain a voulu donner de lui-même, et d'autant plus violents que les faits enfin avoués - sinon avouables - mettent à mal cette image fabriquée  et artificiellement entretenue.

Pour les monarques d'autrefois, ces fins de règne pouvaient être soit très longues - Versailles s'est transformé progressivement en quasi-maison de retraite à mesure que Louis XIV n'en finissait pas de vieillir - soit inconnues ou très courtes, quand un mauvais mal ou un mauvais combat emportait sa Majesté d'un seul coup d'un seul.

En République, au moins, on sait quand le mandat du souverain élu se termine. Et les fins de règne sont donc  prévisibles, sauf accident de type mai 68 ou maladie pompidolienne. 


Nous y voilà à nouveau. Cette fois, le petit roi est bien nu, son entourage ne sait plus le masquer et multiplie les bourdes, illustrant tous les jours de parfaite manière la déconnexion totale du pouvoir et de ses mandants.

En clair, rien ne va et les langues se délient.

Rien ne va : pagaille financière et fiscale, secteur social et services publics d'Etat en miettes, politique industrielle et agricole illisible, sécurité publique et diplomatie en berne - l'épisode libyen, inachevé au demeurant, ne peut masquer les compromissions et complaisances avec tous les dictateurs de la zone, Kadhafi compris... On en passe.

Les langues se délient : on n'aura reculé devant rien pour conforter sa cupidité du pouvoir. Écoutes illégales, pressions invraisemblables sur les responsables de tout poil qui n'ont pour seul défaut que leur conscience personnelle et professionnelle, utilisation de l'appareil d'Etat au profit de sa caste, manipulations de l'opinion, volontarisme insensé, entêtement personnel (le taux réduit de TVA pour les restaurateurs... inutile et coûteuse lubie maintenue envers et contre tout !)... On en passe aussi.

Et nous voici en train de compter les jours, comme les marches d'un escalier qui n'en finit pas de descendre. Et sans être vraiment sûr qu'au bout du bout, tout en bas, on y trouvera un ascenseur tout rose... ou de de noires oubliettes malodorantes.



samedi 21 mai 2011

Michael Moore, des vérités qui dérangent.


Aucun des films de Michael Moore n'est anodin et les faits qu'il y illustre font souvent dresser les cheveux sur la tête ou poussent à réagir. Et pourtant, que d'efforts sont faits pour le discréditer et l'accuser de tous les maux journalistiques qui soient : manipulation des situations, tronquage des informations, trucage des témoignages... Il faut dire qu'il y va fort, et souvent également sur le ton humoristique. Mais ses ennemis sont puissants. 

Ce fut particulièrement évident lors de la sortie de Fahrenheit 9/11, film à charge contre Georges Bush et qui n'est peut-être pas son meilleur. Le sujet était très difficile : les attentats du 11 septembre 2001 restent des attentats, même s'ils ont été exploités politiquement à outrance. Le film a reçu la Palme d'or 2005 à l'étonnement général.

Si bien qu'on se prend à douter : et s'il fallait se méfier de Michael Moore ? 

C'est que nombre d'éléments, de situations ou de témoignages qu'il rapporte dans ses films ou documentaires sont proprement incroyables au regard de la justice sociale, des libertés, du respect de la personne humaine. Tellement incroyables qu'il en sont comme refoulés, parfaitement connus et vérifiables, mais tellement aberrants qu'on peine à imaginer leur réalité. Michael Moore touche aux fondements : de l'économie, de la société dans laquelle il vit (et qui n'est pas tendre), des relations sociales des êtres humains entre eux, des relations internationales...

La bande annonce de sa dernière production valait le coup d'oeil. Dans ce docu-film, enfin visionné, tourné dans la foulée de la grande crise financière, il s'en donne à coeur joie, si on ose dire. Tout y passe : de la réalité des expulsions provoquées par la crise financière, du cynisme des acteurs du système financier et bancaire US, de la complicité des pouvoirs publics dominés et manipulés par les précédents aux manipulations de l'opinion publique par médias interposés. Le tout conduisant à une démonstration implacable : le capitalisme n'a rien d'un système démocratique, son ressort vital procède d'une imposture (le libre renard dans le libre poulailler) et rien ne garantit qu'il assure le bien-être du plus grand nombre.

Bien sûr, on savait tout cela. Mais qu'un américain le dise haut et fort, et à la manière américaine, c'est puissant. 

Tous les films de Michael Moore sont en DVD pas chers. Ne vous privez pas. Il en reste toujours quelque chose.



samedi 22 janvier 2011

Photographie d'Etat


Cette photo, prise lors de la visite du Président chinois Hu Jintao en Corée du Nord en août dernier, a récemment été reproduite ici et là dans la presse, Wikileaks ayant fini fin 2010 par accréditer la rumeur que le gouvernement chinois s'apprêtait à lâcher le dictateur nord-coréen pour créer les conditions d'une réunification des deux Corées.

Photo intéressante : poignée de main totalement asymétrique, le bras près du corps et plié pour Kim Jong-Il, comme s'il voulait rapprocher Hu Jintao, dont le bras tendu au contraire marque la distance. On voit en tout cas qui dépend de qui sur cette photo d'Associated Press. Et combien d'arrière pensées peut-on deviner derrière ces deux paires de lunettes et ces sourires crispés ?

Pour un peu, cela rappellerait une certaine photo prise le 6 octobre 1989, jour du 40° anniversaire de la RDA. Trois jours après, Moscou lâchait Honecker en demandant à Egon Krenz, son dauphin, de le destituer. La RDA n'aura pas connu d'autres anniversaires.



lundi 17 janvier 2011

Démocrates sans démocratie


Certains sont bien sévères avec la Tunisie, qui développe sur bien des points l'ouverture et la tolérance avait déclaré notre guide suprême ou supposé tel lors de sa visite en Tunisie de fin avril 2008. Bien vu. Bien vues aussi les propositions de notre guidouille de Ministre de la Police proposant une coopération policière à un dictateur patenté. Toute la presse s'est mise en recherche de jugements de la sorte, et la liste est longue des personnages politiques français de tous bords qui en ont doctement proférés.

Rétrospectivement, on frémit devant le sentiment de trahison que les Tunisiens ont du éprouver devant ce type de déclarations irresponsables et arrogantes pour ces démocrates sans démocratie.

Il est bien sûr beaucoup trop tôt pour savoir avec certitude si les Tunisiens vont enfin rencontrer leur démocratie.

En attendant, quelques recherches sur cette révolution du jasmin sur le site du Monde, parmi d'autres, exposaient aujourd'hui même à ce curieux bandeau publicitaire, compte tenu des circonstances :


Après tout, qu'importe la démocratie dans une usine à touristes bon marché...




samedi 8 janvier 2011

Politique : le degré Zéro


Finalement, Platon, Hegel et Nietzsche ont peut-être raison tous ensemble.
Platon, parce qu'il a décrit dans La République comment la démocratie tourne inévitablement à la démagogie, et comment le démagogue devient inéluctablement Tyran. Hegel, parce que sa pensée explique comment l'histoire humaine dessine son sens progressivement tant dans les évènements du quotidien que dans les hauts faits des puissants. Nietzsche, parce qu'il a permis de dessiner, dans sa théorie trompeuse dite de l'éternel retour, la figure en spirale du temps humain : mouvement circulaire, mais se mouvant en même temps selon un axe linéaire, si bien que le point de retour n'est jamais le même.
Il est tentant d'utiliser toutes ces catégories pour expliquer ce qui arrive à la politique en ce moment dans les sociétés post-industrielles. En quelques mots : populisme, démagogie, communication tous azimuts, règne sans partage des "entourages" qui font écran à la réalité tout autant qu'ils prodiguent des conseils désastreux à leurs commanditaires, affaiblissement des fonctions électives, habillage purement verbal de réalités fort peu reluisantes, protestations d'intérêt collectif masquant en réalité les avantages accordés de manière systématique à une minorité de possédants toujours plus minoritaire, justification permanente de la mise en péril de tous les acquis culturels, éducatifs et sociaux au nom des impératifs économiques, anti-intellectualisme forcené, récupération des thèmes écolos quand cela arrange les intérêts privés favorisés au passage, mais oubli dans tous les autres cas, rentabilisation des amitiés personnelles par les moyens de la puissance publique... On en passe, et des meilleures.

"La présidence de l'UE, c'est où ?"
Sur la peau de bête : Hongrie.
Sur la femme traînée par les cheveux : liberté de la presse.
(source : courrier international)
En bref, le degré en dessous de zéro de la politique. Nous y sommes : France, Italie, Suède, Pays-Bas, Russie, Hongrie... Etats-Unis évidemment, entre l'ère Bush et les Tea-Party etc.
Après celle, globalement, des démocrates, voici l'ère des démagogues, inscrivant leur exercice politique dans un mouvement de dénégation méthodique des valeurs d'intérêt collectif, organisant la guerre de tous contre tous au lieu de récréer en permanence, comme les fondements de la politique le supposent, des champs d'égalité suffisants entre les citoyens pour permettre une vie collective pacifiée, respectueuse de ses différentes composantes identitaires, de la diversité des individus et se son environnement.
Bien plus que la nécessité de s'indigner - peu fertile en soi en effet - c'est une des dimensions essentielles de l'essai de Stéphane Essel, qui rencontre un si grand succès en France en ce moment, de pointer cette mise à mal systématique des acquis collectifs de la société française depuis la fin du dernier conflit mondial, et donc de mettre au jour ce mouvement vers le bas.


Ces dernières années nous auront donc permis d'inaugurer à l'évidence un cycle politique descendant dont nul ne sait combien de temps il va durer hélas. A l'échelle des sociétés humaines, il n'est pas sûr du tout que la plupart de nos contemporains adultes en connaîtront la fin. Et il faut se résigner à adopter cette désormais évidence : le progrès social n'est pas continu. Dur, dur, de s'habituer à l'idée de régression sociale, dans la quatrième ou cinquième puissance économique mondiale... Le faut-il, d'ailleurs ?
Illustration parmi tant d'autres aperçue ces jours-ci dans USA Today, pourtant vraiment pas suspect d'intellectualisme, à propos de Sarah Palin et d'un reportage sur elle particulièrement mièvre la mettant en scène en grande chasseresse dans son pays natal d'Alaska :
Tout cela serait de la télévision risible et très innocente si cela n'avait pas d'autres conséquences. Mais cette émission et sa présentation hagiographique de Palin est tristement emblématique de la vie politique américaine d'aujourd'hui.
L'Alaska de Sarah Palin, c'est de l'anecdote dénuée de toute substance. Et quand nos candidats peuvent tout aussi bien produire des pubs-marketing, des sites internet écrits par des nègres ou des discours préfabriqués sur les prompteurs - le tout financé par des fonds privés intéressés, les Américains donnent leur suffrage en fait à des personnages de fiction. Et il ne s'agit pas ici d'incriminer la seule Sarah Palin. C'est un système entier qu'il faut mettre en cause.
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This would all be laughable, harmless television if that's where this story ended. Yet this show and its veneered presentation of Palin is sadly emblematic of American politics today.

Sarah Palin's Alaska is just back story rather than substance. But when our candidates can also produce poll-tested commercials, trot out ghost-written websites and deliver telepromptered speeches — all financed by unlimited special interest money — Americans are essentially casting votes for fictional characters. This is not an indictment of one Sarah Palin. It's an indictment of the system.


jeudi 21 octobre 2010

Mme Thatcher, where have you been ?




On savait qu'on pouvait faire difficilement plus différents en Europe que Français et Anglais... mais l'actualité d'hier nous en offre une illustration énorme.

Le nouveau, juvénile et très conservato-libéral gouvernement de nos amis d'outre Manche, comme on dit, annonce hier un plan d'austérité draconnien, prévoyant la suppression de pas moins de 500 000 emplois publics, la retraite à 66 ans pour tous, une hausse de la TVA et tutti quanti.

Premier étonnement : mais à quoi donc ont servi les années 1979 à 1990, où régnait la terrible Mrs Thatcher ? Ces années ont infligé aux anglais, et notamment aux plus modestes d'entre eux, une cure d'austérité longue, féroce et méthodique, ayant globalement conduit à la désorganisation de tous les services publics, à l'enrichissement des plus puissants, et à la précarisation du plus grand nombre, sur fond de mondialisation à tout crin, de finance toute puissante et de prix de l'immobilier totalement fous. Les gouvernements travaillistes suivant ont à peine infléchi cette pente. Il en résulte un taux d'endettement des particuliers énorme, ayant conduit à la crise que l'on sait dans sa version British, par certains aspects bien plus grave qu'en France.

Alors, à quoi ont servi toutes ces années d'austérité, puisque l'Angleterre ne s'en sort pas vraiment mieux que la moyenne des autres pays européens ? La souffrance des plus défavorisés en plus. Comprenne qui pourra...

Deuxième étonnement : que lit-on dans la presse britannique de ce jour sur le sujet ? Rien, ou presque, à la Une. Et le Times qui en rajoute en manchette : cela ne suffira pas !

Si le capitalisme était une classe d'école, c'est bien le Royaume uni qui serait au premier rang. Pas même les Etats Unis. Et la capacité de renoncement de ce peuple apparaît abyssale. Mais il est vrai que le grand mensonge libéral promet à chacun une possibilité de réussite qui est dans les faits réservée à quelques uns. Une société du loto, en somme. Malheur aux perdants, qui sont évidemment l'immense majorité !

Une autre question ?

(ces unes sont du 22 octobre, le lendemain de l'annonce du plan d'austérité enhaurme)



samedi 11 septembre 2010

62, pas de quartiers !




Voilà, c'est fait. L'assemblée nationale, sous la pression sarkoziste, vient de voter la retraite à 62 ans, démentant la promesse électorale du guignol de l'Elysée - mais il est vrai qu'il n'en est plus à une guignolade près - et introduisant dans le dispositif de protection sociale la plus flagrante des inégalités : celle des conditions de travail. 62 ans pour tout le monde, aberrant ! Et ce sont les mêmes qui ont voté cela, qui vous expliquaient naguère que la société où tout le monde faisait la même chose en même temps par décret du méchant Etat interventionniste, c'était bien fini, promis-juré-craché.

Pour le coup, fixer un âge relève bien de la fixation idéologique et de la volonté d'en découdre avec les partenaires sociaux, dans un style à la hussarde qui ne portera à l'évidence pas chance à ses inspirateurs. Dans une société raisonnablement dirigée, qu'est ce qui empêchait au juste de réfléchir, vraiment et collégialement, à un système à modulation, où chacun gardait la possibilité de choisir sa retraite, selon ses aspirations et son style de vie souhaité ?

Quant au financement de la chose, elle repose en effet à 90% sur les salariés, et parmi eux d'abord sur les plus défavorisés. Super politique !

Enfin, prenons date : la gauche clame partout qu'elle rétablira les 60 ans dès qu'elle le pourra. Chiche ?


samedi 28 août 2010

Haro sur les Roms - Au secours, intelligence, où es-tu ?

Il y a ” rom ” et ” rom ”

Il y a deux acceptions de l’ethnonyme ” rom “. Tout d’abord, le mot ” rom ” (pluriel roma) a été choisi par décision du congrès mondial Romano, réuni à Londres le 8 avril 1970 pour désigner l’ensemble de l’ethnie originaire de l’Inde et dont les premiers représentants sont arrivés en France en 1419, quand Jeanne d’Arc faisait ses premiers pas. Ce terme générique désigne l’ensemble de l’ethnie : Sinte-Manush (Manouches), Gitans (ou Kale), Le’Roms, etc.

Le terme a été déposé ultérieurement au bureau de l’ONU, à New York, par une délégation conduite par l’acteur Yul Brynner. Ce mot avait été choisi en raison du fait que, d’une part, les termes ” tsigane ” ou ” gypsy ” avaient un sens péjoratif dans certains pays et, d’autre part, parce que le mot ” rom ” avait, dans tous les dialectes, le sens d’” homme ” ou ” époux “.

Dans cette acception, il n’a donc rien à voir avec la Roumanie.

En second lieu, certains Tsiganes des pays de l’Est se désignent traditionnellement par le mot ” rom “. En particulier les Tsiganes de Roumanie, dont certains ne sont arrivés que très récemment en France. Voilà donc ce qui entretient une certaine confusion dans les médias.

J’ajouterai que l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan avait confirmé la reconnaissance du peuple romans en tant que ” nation sans territoire “, et Indira Gandhi, ancienne première ministre de l’Inde, comme ” les enfants émigrés ” de son pays.”

(..)

Jean-Claude Mégret (Brive la Gaillarde)




Voici précisément ce qu'il fallait expliquer sur les Roms : il s'agit d'un courrier de lecteur du Monde publié le 11 août, au creux de l'été. Mais sans doute l'esprit de nuance et d'intelligence se marie-t-il mal d'une part aux mauvais calculs politicards, et d'autre part au sensationnalisme populiste de la plupart des médias.

Heureusement, il semble bien que l'électorat français, à qui il doit rester tout de même quelques bribes de discernement malgré ce décervelage en règle ne suive pas du tout celui qui se croit encore son leader, si l'on en croit les derniers sondages.

Un site de référence sur ces questions se trouve ici et les images ont été repiquées ici.



mardi 3 août 2010

Pompier pyromane : le clown devient dangereux



Ivre du désamour des Français à son égard, sonné par les mauvaises performances de son gouvernement dans tous les domaines, secoué par les affaires répétitives qui mettent en cause, les uns après les autres, tous ses appuis, le locataire de l'Élysée a cru bon se fendre d'une série de déclarations haïssables, désignant à la vindicte publique les ennemis de l'intérieur qui l'empêcheraient de faire notre bonheur.

J'ai nommé d'une part les Roms, Tziganes, Gitans, Gens du voyage... On ne sait plus trop - les voleurs de poules, quoi - et d'autre part les criminels d'origine étrangère à qui il faudrait retirer la nationalité française, créant du même coup une espèce de sous-catégorie de français : les français d'origine étrangère... jusqu'à quelle génération exactement ? Faudra-t-il ensuite entrer dans une sinistre comptabilité d'encore plus sinistre mémoire : demi-français ? quart de français ? 8° ou 16° de français ?

Un peu irresponsable, de jouer ainsi avec les allumettes, tel le pompier pyromane, qui allume le feu pour légitimer son statut sans pouvoir ensuite le contenir, embrasant toute la forêt.

Gageons que le vieux fond de rationalité populaire ne se laissera pas attraper par ces grosses ficelles gesticulatoires, et qu'il renverra à la première occasion l'intéressé à ses propres foyers. Bon débarras.

En attendant, regrettons qu'un Président de la République française, par pure démagogie, joue ainsi avec les valeurs fondamentales garanties par la Constitution et les engagements internationaux de la France, avilissant ainsi la fonction.

Ou faut-il n'y voir que les dernières armes d'un monarque aux abois, qui ne sait plus à quoi s'accrocher pour éviter de se noyer dans l'impopularité ou bien pour conjurer sa trouille immense de devoir répondre d'éléments de son passé peu reluisants et de choix politiques catastrophiques ?

Assurer la sécurité publique demande de l'humilité, de l'intelligence, des stratégies à moyen et long terme, du respect et la valorisation réelle de ceux qui sont chargés de ces tâches.

Certainement pas de la haine, des rodomontades, des promesses creuses et des idées reçues au comptoir du café du commerce. En plus, stigmatiser tous les individus d'une population pour la seule raison qu'ils appartiennent à cette population, cela a un nom : le racisme.


samedi 3 juillet 2010

Le grand festival du N'importe quoi, Youpie !




Quelle abondance ! N'en jetez plus ! Pour qui suit l'actualité française de ces dernières semaines, le grand feu d'artifice du grand n'importe quoi a ébloui les esprits.

Grand n'importe quoi politique avec les tribulations gouvernementales et présidentielles au royaume du conflit d'intérêt, de la confusion des intérêts individuels et collectifs, de la fausse vertu offensée : ben quoi, ce que j'ai fait est légal, ou presque... Je suis Ministre quand même !

Grand n'importe quoi sportif avec les avanies de nos millionnaires en short en Afrique du Sud pour la coupe du monde de football. On philosophera plus tard sur la signification du jeu sportif dans les sociétés modernes. Pour l'heure, on se contentera de relever la déficience insigne de toute instance susceptible d'avoir une quelconque responsabilité dans l'affaire.

Les Guignols de l'info, citons les puisque nous sommes dans les guignolades, ont proposé le 21 juin une intéressante synthèse de ces deux n'importe quoi.

Quant au Canard Enchaîné, qui décidemment fait office de première institution garante de la démocratie dans ce pays, il s'en donne évidemment à coeur joie.





République bananière avions nous dit ? Certes, mais trois étoiles, alors, moyennant ce Président qui a perdu les pédales.

Ou devons nous maintenant conclure qu'il est devenu complètement fou, gavé de courtisaneries, farci des avis ineptes de ses conseillers, confit par les relations avec ses richissimes amis, discrédité par ses incessantes déclarations contradictoires et une communication catastrophiquement maladroite. Autrement dit, complètement à l'ouest (là où sont les beaux quartiers) d'une société qu'il ne comprend pas, pas plus qu'elle n'accepte son style - sans même parler de sa politique ?

La fin du règne risque d'apparaître maintenant comme fort longue. Bon Tour de France en attendant.





mercredi 9 juin 2010

Pensée unique : le grand retour


Plan de rigueur, déficits, dette publique... Et nous voilà la tête farcie de chiffres, de discours culpabilisants, qui visent pour l'essentiel un objectif : accréditer l'idée que c'est à cause de notre mode de vie irresponsable que la faillite menace les Etats européens...

Comme si le "sauvetage" des établissements financiers d'il y a juste un an et demi n'était pour rien dans le trou que les Etats ont creusé, sans barguigner ni culpabiliser qui que ce soit. Et les mêmes qui ont été sauvés maintenant de faire la leçon à leurs sauveteurs en les accusant de gabegie financière par marchés interposés !

On croit rêver. Mais il faut bien se rappeler de temps en temps que nous vivons dans un monde très capitaliste : ces milliards versés à la finance et ce cynisme économique s'en chargent pour cette fois, merci bien !

Mais qui le dit publiquement ? Fort peu de monde. Alors voici, à nouveau, un extrait de l'émission de salubrité morale qui sauve toutes les autres, "l'esprit public" de France culture, du 30 mai dernier. Ces 10 premières minutes, l'introduction de Philippe Meyer mais surtout l'intervention de Philippe Labarde qui suit, valent la peine et sont presque rassurantes pour l'esprit.

Ouf, nous ne rêvons pas tout à fait.


France Culture, l'esprit public
30 mai 2010, extrait

samedi 5 juin 2010

Droit de suite : défendons la Défenseure !




Le blog En attendant avait relayé le projet de notre bon gouvernement de supprimer le poste de Défenseur des enfants en noyant ses compétences dans celles du futur Défenseur des droits, ainsi d'ailleurs que celle de la HALDE, et d'autres commissions dont les rapports sont souvent gênants pour l'autorité suprême qui gouverne notre pays avec pourtant tant de clairvoyance.

Il se trouve que le projet de loi correspondant était examiné par le Sénat cette semaine et qu'un amendement d'un sénateur UMP , Hugues Portelli, proposait de sortir la fonction de Défenseur des enfants de cette mixture. Amendement adopté avec les voix de la gauche sénatoriale, des centristes, et d'une partie de l'UMP... Puis... refusé le lendemain. Mais que s'est-il passé ? Et pourquoi ce revirement ?

Dominique Versini, juriste, vaillante Défenseure des enfants et de la fonction qu'elle exerce encore pour quelques mois au moins, explique tout avec limpidité dans l'interview ci-dessous, donné à France info hier :


Dominique Versini à France Info
le 4 juin 2010


Rappelons quand même, au delà de la polémique, que l'instauration de la fonction de Défenseur des droits de l'enfant est directement liée aux engagements de la France quand celle-ci a signé, puis ratifié en 1989 la Convention internationale relative aux Droits de l'enfant mise au point et portée par les Nations Unies. Mais qu'est-ce que l'ONU pour notre Napoléon en herbe, que le Défenseur gêne profondément pour certains de ses avis bien sonnés ?

Cette affaire est assurément emblématique de tous les dysfonctionnements politiques actuels : il est purement et simplement inconcevable qu'une démocratie moderne s'assoie sur ses engagements internationaux sans vergogne du simple fait du Prince. Mais où vivons nous donc ?

A ce titre, je propose d'ériger la banane comme symbole de résistance. Vive donc la banane, symbole de toute République... bananière !


mardi 30 mars 2010

Bienvenue à la radio


L'après-régionales est plutôt intéressant : comme prisonnier d'un bocal dans lequel il s'est lui-même enfermé, et dont le couvercle des sondages est - pour un moment au moins - bien fixé, l'actuel pouvoir tente de s'en sortir.

Tout est bon pour cela : manœuvres de diversion pour tenter, pauvrement, de reconquérir un électorat perdu depuis longtemps - ainsi du report de la taxe carbone, batailles politiques internes jusqu'au sang - malheur au vaincu - alors qu'on sait bien depuis les travaux du biologiste Laborit que des animaux de laboratoire, soumis à une contrainte externe à laquelle ils ne peuvent pourtant rien, finissent toujours par se battre entre eux.

Du coup, les commentateurs ont un peu de grain à moudre et, pour certains, ils arrivent à contourner le mur partisan pour offrir quelques éclairages intéressants.

On en a retenu deux, radiophoniques de service public tous les deux.

D'une part Rocard à France Inter le 24 mars, refaisant toute l'histoire du réchauffement de la planète en 5 mn, de manière assez lumineuse finalement et en n'oubliant pas grand chose. On sent tout au long de l'exposé le journaliste interviewer piaffer d'impatience : la séquence dure à peine 10 mn (l'invité de France inter, de 8 h 20 à 8 h 30) mais il finit par jouer le jeu. C'est rare, exceptionnel même dans le monde des médias, où chaque seconde est comptée.

Et puis d'autre part un extrait de l'émission l'Esprit public du 28 mars, grand bol d'air médiatique du dimanche matin après la messe sur France Culture, ou Philippe Meyer laisse le temps à ses invités de développer quelques analyses sur la situation politique, sociale et internationale qui font du bien à entendre dans leur diversité nuancée et respectueuse de l'opinion des autres. Ouf !

Il est particulièrement réjouissant, enfin, d'entendre y décrire assez précisément le sentiment diffus mais constant de cette dévalorisation de la parole politique qu'est la logorrhée sarkozyste, qui prend en permanence les mots pour les choses et que l'on avait tenté d'expliquer déjà sur le blog (voir ce message notamment).



Qu'on ne s'y trompe pas, Sarko finira par sortir de son bocal, c'est une question de temps - mais il sera intéressant de voir comment, et... dans quel état ! Et pour finir, ce mot entendu juste à l'instant, de la bouche du journaliste présentant le journal de 8 h 00 à France inter et relatant la visite de notre Président aux USA : "... Président en difficulté, ayant laissé la France en sous-traitance à François Fillon..."... Ouf, faut-il qu'il soit affaibli, pour que la formulation des informations autorise cela !



L'esprit public - France culture
28 mars 2010





jeudi 21 janvier 2010

Tristes, tristes, tristes tropiques : violente Haïti


Jacques I°, Empereur d'Haïti (1758-1806)

Haïti n'avait vraiment pas besoin de cela : à la violence humaine extrême qui a marqué depuis sa naissance ce pauvre pays s'ajoute depuis le 12 janvier à 16 h 53 mn, heure locale, un des tremblements de terre les plus meurtriers et dévastateurs de l'époque contemporaine.

Un désespoir que ce pays. Mais un désespoir parfaitement explicable et rationalisable. Et pourquoi paraît-il insurmontable depuis que ce pays existe ?

Désespoir rationalisable car on peut en extirper les sordides et toxiques racines : massacre des autochtones caraïbes par les Espagnols, au motif de leur insoumission et de leur refus de travailler pour exploiter les richesses naturelles d'Hispaniola, l'île même où Colomb débarqua le 6 décembre 1492 ; déportation massive d'esclaves d'Afrique par l'abominable commerce triangulaire pour peupler et exploiter l'ïle - qui comptait dix fois plus d'esclaves que de colons à la fin du XVIII° siècle - au bénéfice de la France cette fois ; révoltes d'esclaves, massacres de colons et de métis, qui se termine en 1804 par l'indépendance, phénomène totalement inouï à l'époque, au 1° janvier... puis par le couronnement d'un Empereur (quelle idée !), Jacques 1° le 25 octobre de la même année ; versement à la France de Louis-Philippe, au prix d'immenses efforts, d'une rançon considérable pour que le peuple d'Haïti s'achète le droit à disposer de lui-même...

Et puis au XX° siècle, la suite ininterrompue de dictatures sanglantes ou de gouvernements fantoches instrumentalisés par la puissance régionale proche, devenue entre temps hyperpuissance mondiale. La même qui aujourd'hui largue par hélicoptère des secours aux sinistrés sans discernement, comme dans un pays en guerre.

Empereur d'Haïti sous le nom de Faustin I° de 1852 à 1859

Ouf : non seulement rien n'aura été épargné au peuple d'Haïti, mais en prime, la nature en rajoute en ce début de XXI° siècle.

Rien de très glorieux, pour aucune des ex-puissances coloniales, et tout particulièrement pour la France - Haïti est tout de même resté francophone et son lien historique à la France est plus fort qu'avec aucun autre de ses colonisateurs. Et on sait que le modèle politique français monarcho-élitiste fait d'immenses ravages quand il est plaqué sur les sociétés du tiers-monde, voir plus bas le cynique encadré de la revue Hérodote.

A ce titre, historiquement, les Haïtiens ne sont pas nos lointains cousins misérables de la Caraïbe, ceux qui nous parlent français quand nous avons la chance de visiter New-York, ce sont nos frères, et devraient être considérés comme tels.

Mais la mémoire collective, en France notamment, est lacunaire et sélective : elle préfère valoriser Toussaint Louverture (137 000 mentions dans l'internet français répertorié dans Google) et refouler la vie étonnante de Jean-Jacques Dessalines (1 790 mentions seulement), esclave devenu Jacques 1°, Empereur d'Haïti bien avant un certain Bokassa. Cette vie est résumée sur cette page du site de l'université de Grenoble et vaut largement quelques minutes de lecture.

Enfin, à propos d'Haïti, on pourra saluer la réactivité des contributeurs de Wikipédia. Voici un extrait de l'article Haïti au 21 janvier tôt le matin :


De même, on trouvera d'ores et déjà cet article au sommaire très complet :




Enfin, sur le site historique de référence, Hérodote, ce constat d'actualité qui décoiffe, pour une revue si sage habituellement :