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dimanche 8 février 2015

La catastrophe des crocodiles



En matière politique, il ne faudrait avoir aucune mémoire.

Depuis les attentats des 7 et 9 janvier, il n'est question dans le discours politique que de "citoyenneté", de "vivre ensemble" et de "laïcité"...

Fort bien. Mais il faut d'abord se souvenir que, bien souvent, plus on parle d'une notion ou d'une idée, et moins elle s'incarne dans la réalité.

Il faut ensuite également, encore et encore, rappeler cette vérité première de Nietzsche : "L'Etat est le plus froid de tous les monstres froids". 

En effet, que constate-on depuis trente années dans la politique continue de l'Etat en France, quels que soient nos gouvernants : une longue et inexorable mise à mort du mouvement fédératif associatif dont le principal objectif était bien de cultiver "le vivre ensemble", partout où il était possible et par une multitude de modes d'action : sociaux, culturels, éducatifs, sportifs etc.

Mise à mort systématique, multiple et acharnée :
  • disparition quasi totale des moyens attribués par l'Etat jusque dans les années 80 pour permettre aux grands réseaux associatifs de conserver un minimum de compétence et  de capacité de réflexion, 
  • transformation des réseaux associatifs en boutiques de gestion, qui, à force de "gérer les fonds", ont totalement perdu une capacité à "gérer LE fonds", c'est à dire un projet social à la mesure des enjeux des évolutions de la société,
  • survalorisation des "associations locales de base", les seules considérées comme "vraies interlocutrices", même si elles finissent au cimetière dès que le Ministre concerné en a sucé le potentiel médiatique à son profit, quel que soit par ailleurs son efficacité et pertinence sociale... et cela continue. On épargnera ici la cohorte des profiteurs et profiteuses, qui, sur cette vague éphémère, ont tiré profit personnel de cette collusion avec les politiques tout aussi paumés qu'une bonne partie de la population elle-même,
  • pactisation avec une partie des élites associatives pour instrumentaliser les fédérations au seul profit des politiques gouvernementales errant de ci de là, au bénéfice des intérêts partisans à court terme, avec le succès que l'on connait...
  • sanctuarisation d'un système éducatif figé, ne s'adressant qu'à une partie minoritaire des enfants et ayant renoncé à former pédagogiquement les enseignants, considérant que seule l'étude d'une discipline est légitime pour s'adresser à une population devenue si composite,
L'Etat français est le seul en Europe a avoir ainsi sacrifié à ce point ses réseaux associatifs et leurs champs d'action, qui désormais ressemblent, tous ensemble, à un vaste champ de ruine. Est-elle même aperçue, cette dévastation ?

Parallèlement, l'Etat français menait une "Politique de la Ville", transformant cette fois les collectivités locales en purs outils de son pouvoir, au moins au départ. Heureusement, après une phase inopérante jusque dans les années 90, il fallut que les élus locaux imposent enfin quelques principes pragmatiques pour que l'essentiel des moyens soient utilisés à bon escient... mais essentiellement pour l'aspect urbanistique ou locatif de cette politique, et beaucoup moins pour l'aspect social, culturel et éducatif.

Et faut-il considérer que ce volet est-il réussi, alors que nous trouvons partout en France tant de quartiers-guettos  ? Certainement non. Et, encore une fois, aucun désastre comparable ne se constate dans les autres pays européens.

Alors d'où vient ce mal français ? Comment l'analyser, et, peut être, enfin le rendre collectivement conscient ?

Une partie sans doute faut-il l'attribuer à la faible audience des réseaux fédératifs auprès des partis politiques, mais aussi auprès de la très haute administration.

On a assez souligné les défauts d'un système de recrutement de la haute fonction publique trop homogène, trop peu représentatif de ce fait de l'ensemble de la société, jusque y compris dans ses composantes associatives, totalement inaperçues des hauts fonctionnaires, sauf quand, par hasard, elles peuvent servir quelques intérêts ponctuels. Mais jamais leur légitimité n'est reconnue de manière globale et par principe.

Quant au partis politiques de gauche, il ne conçoivent la légitimité les réseaux associatifs qu'à leur service, les partis de droite, eux, soupçonnant que ces réseaux sont d'abord des relais de la gauche.

On pourrait aussi développer de manière analogue la faible légitimité des organismes représentatifs des salariés, mais aussi des représentations des cultes, dans une société abandonnée par les religions - ce qui n'est pas forcément une catastrophe en soi, sauf quand, entre la population et le pouvoir, il ne reste que l'internet ou la télévision. Nous y voilà.



Bref, le Roi est nu et plus aucun relais n'active le "savoir vivre ensemble" dans la société prise globalement.

Localement, restent les collectivités locales, qui ne peuvent, à elles toutes seules, représenter l'ensemble des composantes d'une collectivité et en organiser la rencontre, et ce n'est d'ailleurs pas leur rôle principal.

Alors il est bien temps de crier au secours, d'annoncer d'un seul coup la multiplication par quatre le nombre des candidats au service civique et autres propositions impossible à mettre en oeuvre du fait d'avoir dévoré tous les opérateurs possibles, ceux qui restent étant surtout préoccupés de leur propre survie.

Par son système de subsidiarité, par les protections accordées aux fédérations associatifs, l'Allemagne et les pays d'Europe du Nord ont gardé ces relais, tant bien que mal.

Quant aux pays d'Europe du Sud, la furie normative qui agite la France ne les a pas encore touchées, et n'a donc pas encore tué ce qu'il reste d'associations.

Alors janvier est une catastrophe, oui. Mais les crocodiles pleurent au milieu des autres.

Que proposer ? Le chantier est si vaste que le regard ne sait plus où s'arrêter. Alors au moins hasardons une vaste concertation, avec ce qui reste des réseaux - et il en reste si peu - sans pinailler ni sur leur légitimité ni sur leur représentativité pour se poser enfin quelques questions essentielles : comment énoncer le rôle de chacun ? Comment réinvestir le territoire par les réseaux associatifs ? Comment ne pas laisser l'ensemble de la population en tête à tête avec l'internet et la télévision ? Comment organiser les relations sociales, territoire par territoire, sans se reposer uniquement sur les collectivités locales, déjà elles-mêmes bien diminuées par les ponctions qui paient une dette qu'elles n'ont pas créées, et bien surchargées par l'ensemble des obligations que l'Etat, sans pitié, lui ajoute chaque jour.

A voir : AUX ASSOCIATIONS D'ÉDUCATION POPULAIRE, AUX ASSOCIATIONS CITOYENNES




Note : on ne résistera pas à reproduire toute la citation de du "Zarathoustra" : « Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n'est pas chez nous mes frères, chez nous il y a des Etats.

Etat, qu'est-ce que cela ? Allons ! ouvrez vos oreilles, je vais vous parler de la mort des peuples.
L'Etat, c'est le plus froid de tous les monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « moi l'Etat, je suis le peuple ».

C'est un mensonge ! Ils étaient des créateurs ceux qui créèrent les peuples et qui suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour : ainsi ils servaient la vie.

Ce sont des destructeurs ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui appellent cela un Etat : ils suspendent au-dessus d'eux un glaive et cent appétits.

Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l'Etat et il le déteste comme le mauvais œil et une dérogation aux coutumes et aux lois. »




mercredi 30 avril 2014

Paquebot

On n'aurait pas cru que cette belle affiche du Normandie, récupérée sur une page Facebook dédiée à l'histoire de la publicité, nous aurait entraîné si loin et méritait mieux qu'un simple message Facebook.

Le prochain message, en gestation, traitera du "Millefeuille" institutionnel français. 



A propos de l'affiche : rendons nous à l'évidence : une grande partie de ce qui fut fait, écrit, édité, représenté, construit il n'y a pas si longtemps, et avec tant de plaisir, n'est tout simplement plus possible. Cela s'appelle sans doute vieillir.

Car le phénomène illustré par les surcharges ne s'applique pas seulement au graphisme publicitaire... mais à peu près à tous les projets collectifs, dans quelque domaine que ce soit. 

D'où cette question stupéfiante : comment est-il encore possible d'accomplir quelque chose de réel, de vrai, de concret dans nos sociétés hypercontrôlées et hypercontrôlantes, jusqu'à stériliser les imaginations et les initiatives.

Comme si progressivement s'ancrer l'idée que la capacité à innover, à créer, était réservée à une élite dirigeante dont le principal travail est d'empêcher tous les autres de participer au processus d'initiative sociale, culturelle et politique. C'est grave, mais bien réel et vécu tous les jours. Il faudra développer.

dimanche 20 octobre 2013

Médiocrité



La nostalgie n'est pas un exercice gratifiant et le "C'était mieux avant" est toujours suspect du point de vue de l'efficacité théorique et plus encore pratique.

Et pourtant, il va falloir selon toute apparence, définitivement et une bonne fois pour toutes, en prendre son parti et se faire une raison : le champ politique est médiocre et le progrès n'est plus en acte.

Le champ politique est médiocre : la faute à qui ? A-t-on les dirigeants que l'on mérite ? Le populisme ambiant, largement amplifié par des médias racoleurs et superficiels, est-il inéluctable ?

Non et non. Aucun dirigeant ou aspirant à le devenir n'est forcé à la démagogie. De même, aucun responsable politique ou leader d'opinion n'est contraint de renoncer à faire appel à l'intelligence de ses interlocuteurs. Intelligence immense - dans des sociétés qui investissent tant de moyens dans leur système éducatif, on peut en faire légitimement le postulat - mais qui est utilisée à l'évidence désormais ailleurs que dans le champ politique.


Alors que se passe-t-il ?

Peut-être l'économie a-t-elle désormais créé un niveau de pression suffisant auprès du politique pour décourager de sa part toute affirmation de valeurs, tout énoncé structuré sur les principes du vivre ensemble, tout objectif intelligent à proposer à la population. Quel dirigeant ou opposant actuellement en vue en est capable ? Aucun. Et ceux qui en sont capables, où sont-ils ?

Peut-être la diversification des sociétés européennes a-t-elle aussi élevé le niveau des défis à relever pour organiser le "vivre-ensemble" et en troubler les stratégies traditionnelles. A cet égard, la sous-représentation  politique de cette diversité est une véritable catastrophe, et l'évolution des mentalités sur cet aspect si peu palpable. 

Mais l'observation au quotidien de la population conduit à conclure que les élites dirigeantes sont définitivement très en retard sur les mentalités. C'est aussi grave : en n'envoyant pas les signaux qui légitiment ces avancées et les encouragent, elles se claquemurent dans une image totalement obsolète de la société, et, surtout, surtout, laissent le champ libre à tous les extrémistes. Lourde responsabilité, qui relève de la trahison des élites déjà évoquée ici.

On ajoutera pour mémoire le phénomène aggravant qu'est l'arrivée aux manettes d'une génération de jeunes politiques, de tous bords, élevés dans le cocon des appareils politiques, n'ayant jamais exercé aucun métier, et qui ne se sont jamais frottés aux problématiques concrètes de la population ni à l'épaisseur de la réalité. Ils agissent - et comment peuvent-il faire autrement ? - selon leurs propres représentations politiciennes et non selon une image complète et authentique de la réalité sociale.

On passera aussi sans développer - facteur aggravant pour la France - sur un régime quasi-monarchique où un seul homme est capable de dire "je" en permanence en s'adressant à ses mandants.  Dans quelle autre société moderne parle-t-on ainsi ? Aucune.


Le progrès n'est plus en acte. Les générations nées au milieu du XX° siècles sont les héritières directes des trente glorieuses, et ont été nourries depuis leur tendre enfance par la notion de progrès : progrès social, économique, culturel... Progrès pour tous, qui s'agissait de partager le plus équitablement possible.

Cette idée conditionne encore largement nos comportements, nos réflexes politiques, nos pratiques collectives.

Pourtant, il faut se rendre à l'évidence : ce socle est ébranlé au point qu'il n'a plus d'efficacité. Chaque jour l'évolution des sociétés européennes en donnent les nombreux indices patents : remise en cause des acquis sociaux fondamentaux, recul du périmètre des services publics, dégradation générale des relations à la population, technocratisation des procédures, déshumanisation et précarisation des relations de travail ou de commerce, exacerbation de la compétition entre individus dont la télé-réalité n'est que le symptôme le plus évident.

Alors, que nous est-il permis d'espérer ?

D'abord, un contre-effet de ces évolutions conduit la société à une résistance accrue aux injonctions verticales, de plus en plus souvent aberrantes, mal pensées, mal calibrées, mal comprises au mieux.

Cette démobilisation et ce scepticisme est source d'individualisme, de repli sur la sphère privée et de comportements marginaux, mais ils protègent aussi les populations contre les aberrations et les usines à gaz produites par la superstructure dirigeante. Les conjurateurs dont il était question la dernière fois ici relèvent de cette logique.

Ensuite, le niveau de formation de notre société est énorme. L'intelligence collective potentielle disponible est énorme, dans tous les domaines - hors le politique, on l'a vu : scientifique, technique, esthétique, urbanistique, culturel etc. La capacité d'adaptation d'une société comme la nôtre devant tous les défis qui lui sont présentés est donc potentiellement immense, pourvu qu'on lui fasse confiance.

Enfin, il faut bien continuer d'organiser la vie collective, de proposer des objectifs à partager, des challenges collectifs en utilisant toutes les expertises disponibles - y compris l'expertise citoyenne. Quel est le bon endroit, le bon niveau, pour le faire ? Ce n'est sans doute plus dans les appareils traditionnels, figés dans leurs formes et leurs lourdeurs qui n'aboutissent qu'à exclure ceux qui ne constituent pas leur public traditionnel. Ce n'est pas non plus dans les institutions stricto sensu de tous niveaux, qui doivent réviser toutes les procédures et ne pourront pas y parvenir en vase clos.

Sans doute pas les outils de l'internet : ceux-ci aident énormément, mais produisent le meilleur et le pire - c'est la contrepartie de leur liberté d'utilisation à laquelle il faut peu toucher si on s'appelle démocratie.

Peut-être les initiatives plus marginales mais si nombreuses. Et, dans une société sursaturée d'idéologie et à qui l'on a  tout promis, un mot les rassemble : proximité.

Quant à rassembler les proximités et reconstruire sur cette base, nous n'en sommes pas là encore... et sans doute quelques bonnes dizaines d'années seront nécessaires pour cela. Mais pour organiser, dès demain, à la première occasion, la rencontre des légitimités, les discussions hors cadre convenu, les approches transversales avec tous les acteurs concernés, il ne tient qu'à la volonté !




vendredi 3 mai 2013

Trahison

Un grave danger guette notre démocratie alanguie, blasée, et malgré tout, immensément riche, si l'on en croit le fatras de normes, prescriptions, autorités, hautes ou pas, de tout poil et corps consultatifs théodules en nombre quasi infini qu'elle nourrit en son sein : la trahison de ses élites.




Des noms ? Sarkozy, Cahuzac, Guéant, Strauss Kahn, pour les plus médiatiques du moment. Mais, pour un de ces seigneurs du mensonge, du cynisme et de l’esbroufe  combien d'apprentis, combien de complices, combien de malfrats à la petite semaine ?

Ils ont profité si grassement des fromages de la République, mais s'extraient si facilement de ses lois, laissant leur application aux autres... Comment expliquer ?

Péché d'orgueil, d'arrogance sans doute secrété par tout un système, institué et perpétué par une caste qui se place hors de tout contrôle et s'imagine invulnérable. Non, pas de populisme dans ces remarques, juste l'envie de comprendre.

Comprend le pourquoi de ces mensonges insensés, de ces stratégies de fuite ineptes, de ces arguments en carton-pâte.

Et pourquoi donc n'ont-ils pas déjà compris que ce temps est terminé, que les contrôles sont devenus efficients, qu'il n'est plus possible de se dérober pour l'expliquer ou passer devant la justice ? Tant mieux, non ?

Vivement une prochaine génération, vivement d'autres têtes, moins calculatrices, plus modestes, qu'il faut reconnaître, encourager, aider, et tant pis pour les autres.

L'observation de la grande majorité des autres pays européens montre clairement que c'est la voie de l'avenir proche du vivre ensemble.  Abolissons enfin la monarchie et son cortège de petits monarques insupportables, vains et coûteux. La République s'en sentira mieux. Enfin une bonne raison d'espérer.

dimanche 21 avril 2013

Nature, Culture, Injure


Si on n'était pas entièrement convaincu de la pertinence d'étendre l'institution nuptiale aux couples de même sexe, la tournure prise par les manifestations de la droite réactionnaire et le comportement de la droite parlementaire qui s'est placée à sa remorque par pur opportunisme politique obligent à s'engager.

Car les arguments élevés par les détracteurs du mariage pour tous sont tellement nauséabonds en plus d'être intellectuellement, anthropologiquement et philosophiquement inacceptables, qu'ils ont désormais transformé cet engagement en combat pour la démocratie. Ni plus, ni moins.

S'il s'agit de réserver l'union conjugale et la capacité juridique d'assurer l'éducation des enfants aux seuls couples hétérosexuels, constitués des seuls géniteurs, père et de la mère biologiques, ce qui résume la position de la majorité de ceux qui battent le pavé ce jour, l'insulte est grande.

Insulte aux adoptants quel que soit leur sexe, insulte aux familles monoparentales et recomposées, insulte à tous ceux qui, par les hasards souvent malheureux de la vie, se sont trouvés dans la situation de devoir assurer l'accueil et l'éducation d'un enfant dont il ne sont pas  les géniteurs : familles d'accueil, grands-parents, parents de géniteurs décédés, parmi tant d'autres auxquels on peut penser. Couples homosexuels compris.

C'est un grand acte de dénégation sociale que de ne pas vouloir voir que nous vivons depuis toujours ces situations, partout autour de nous et que le temps est venu de l'admettre juridiquement. Enfin.

Plus avant, tous ceux qui se réfèrent à une pensée un tant soit peu rationnelle l'ont pointé publiquement : en matière d'éducation et de parenté, la nature n'est que contingente et souvent trompeuse ("l'instinct maternel"...) alors la culture est de l'ordre de la réalité anthropologique instituée, c'est à dire de l'ordre du choix humain ultime.

Pourvu, en effet, que l'accès aux origines - comme c'est actuellement le cas - soit reconnu, préservé, facilité. C'est la dénégation de ce droit, en plus des tragédies des dictatures concernées - l'argentine et l'espagnole, qui a fait scandale dans les sinistres affaires de bébés volés, par exemple. Mais l'accès à ses origines biologiques n'anéantit pas l'identité sociale de ses parents, s'ils ne sont pas ses géniteurs. Quelle est cette pensée qui oppose les identités entre elles ? On n'ose pas la désigner...



La nature est contingente : la biologie ne fonde aucun lien de parenté par lui-même, sauf à prétendre que l'être humain lui est entièrement soumis, ouvrant par la un dangereux "Meilleur des Mondes". Dans le lien de parenté, nous sommes dans la reconnaissance non pas biologique, mais instituée, résultant du fondement même des sociétés humaines modernes : la capacité à protéger l'individu quelle que soit son origine et ses caractéristiques biologiques, la capacité à énoncer et faire respecter le droit, indépendamment du biologique.

On mesure de là l’aberration et le caractère éminemment dangereux, en plus d'être odieux, des arguments agités par les détracteurs du "mariage pour tous" : un seul modèle familial, inspiré par la biologique pure, où l'institution proclame que géniteurs et parents doivent être les mêmes. Et que fait-on des autres ? Voulons nous vivre dans cette société là ? 

Viennent inévitablement à l'esprit ces images d'une journée particulière, d'Ettore Scola, où les personnages de Marcello Mastroiani et de Sophia Lauren se retrouvent seuls parce que non conformes au modèle social unique préconisé par la société fasciste, dans cet immeuble habituellement surpeuplé et bruyant, que les habitants ont déserté pour assister à la rencontre du Duce et du Führer. C'était le 8 mai 1938. Les squatteurs de manif issus des extrêmes droites de tout poil ne s'y trompent pas.


samedi 21 avril 2012

Stupor Mundi


Très désolé pour les visiteurs réguliers du Blog pour cette pause que je leur inflige. Sans doute  la période actuelle est-elle en cause, car la raison reflue et la stupeur s'installe dans la contemplation de ce monde.

Pour comprendre, je lis Stiegler... mais je reviendrai... sans doute


samedi 14 avril 2012

Brûlante actualité

Période tendue pour la démocratie, un peu partout. Petit florilège glané ce matin. Et n'oubliez pas : votez !






samedi 8 octobre 2011

Univers impitoyable


Implacables, ces 27 témoignages sur les moeurs développées par Monsieur Sarkozy, et déjà bien avant qu'il ne soit Président. Tout le monde y passe : magistrats, préfets, diplomates, journalistes, amis et ennemis politiques, témoins gênants, hauts responsables de la sécurité publique, banquier...

Et à chaque fois les mêmes phénomènes : arbitraire, intempérance, intolérance, utilisation abusive des moyens de l'Etat, volonté d'humilier, de casser, d'avantager ses amis supposés... avant que ceux-ci ne fassent à leur tour les frais l'hyper-ego du monarque.

Mais au delà de ce déballage visant un seul homme, on découvre hélas un univers impitoyable, tissé de reniements, de trahisons, de fausse confiance et de coups bas. Est-ce ce prix humainement exorbitant qu'il faut payer pour gagner son pouvoir sur ses semblables ? On se prend à douter.

Quelques extraits des 7 premiers témoignages. Le reste est à l'avenant.




Elle ne m'a jamais donné signe de vie. Alors que je ne suis dévoué à elle pendant sept ans. J'ai pris des coups pour elle, j'en ai oublié ma carrière. J'en conclus qu'en fait, il n'y a pas de contenu chez MAM, pas de valeurs
(David Sénat, Magistrat, ancien conseiller de Michèle Alliot-Marie, écarté brutalement pour avoir été soupçonné d'informer la presse sur l'affaire Bettencourt )

J'étais une cible intéressante (...) très en pointe dans l'affaire Gandrange où je mets directement en cause Sarko
(Aurélie Filipetti, Députée PS, après la publication dans la presse d'une plainte déposée par elle concernant sa vie privée)

Comment un Président de la République Française, en l'occurrence Nicolas Sarkozy, a-t-il pu arriver à sanctionner si lourdement l'expression d'une idée différente ?
(Jean-Hugues Matelly, Chef d'escadron de la Gendarmerie nationale, premier officier de l'armée à avoir été radié par un décret du Président de la république, suite à sa critique du rapprochement Police-Gendarmerie)

Lors de la visite du Président, le Préfet a cherché à assurer la sécurité et il l'a fait. Cette décision est disproportionnée. Je trouve que c'est faire fi avec beaucoup de légèreté de la représentation de l'Etat dans les départements. Et c'est aussi très contre-productif sur le plan politique.
(Jean-François Le Grand, Sénateur UMP et Président du Conseil général de la Manche, concernant l'éviction du Préfet Jean Charbonniaud suite à une visite agitée de Sarko à Saint Lo)


Interrogé sur Europe 1, Woerth m'a lachée. (...) C'est dans ces moments-là que la personnalité des gens se révèle
(Christine Boutin, à propos de la polémique sur le salaire touché pour sa mission sur la mondialisation suite à son éviction du gouvernement)

Il n'a pas de mots assez forts pour fustiger le "mépris" présidentiel pour ce grand corps de l'Etat qu'est l'administration préfectorale, dire son regret de voir le chef de l'Etat "casser tous les corps intermédiaires", préfets, magistrats, conseillers d'Etat, diplomates...
(à propos de Pierre Bousquet de Florian, Préfet, ex-responsable de la DST, inquiété dans le cadre de l'affaire Clearstream)

Je tiens à préciser que le Ministre de l'Intérieur [Sarko], quand il affirme n'être pour rien dans mon licenciement, ne dit pas la vérité
(Alain Genestar, ex-Directeur de Paris-Match, écarté suite à la publication en aout 2005 à la une du magazine d'une photographie de Cécilia Sarkozy au bras de son amant Richard Attias)


dimanche 2 octobre 2011

Vigilance, camarades citoyens !


Et oui, le mur de Berlin est tombé... et le Sénat, à gauche depuis dimanche dernier, vient d'élire un président socialiste. OOuups ! Notre Naboléon national aura donc réussi à perdre TOUTES les élections depuis la sienne en 2007, y inclus les sénatoriales, pourtant taillées sur mesure à l'avantage de la droite depuis toujours.

Une espèce de record, qui diminue certes la capacité de nuisance de l'intéressé... Mais ce dernier, qui n'a plus grand chose à perdre sauf l'essentiel, son opposition interne étant muselée, reste encore capable d'inventer dans les quelques mois qui lui restent de nouveaux moyens pour poursuivre l'entreprise de démolition de la société française qu'il a si bien entamée depuis son accession à la Magistrature suprême, comme on dit... A son profit ou à celui de ses amis, comme il se doit.

Vigilance, camarades citoyens.


dimanche 4 septembre 2011

Fin de règne



Il faudrait écrire quelque chose d'intelligent sur les fins de règne. Monarchistes invétérés habillés en républicains tardivement, les Français connaissent bien ces périodes crépusculaires au cours desquelles la violence des attaques et coups bas sont à la mesure de l'image que le souverain a voulu donner de lui-même, et d'autant plus violents que les faits enfin avoués - sinon avouables - mettent à mal cette image fabriquée  et artificiellement entretenue.

Pour les monarques d'autrefois, ces fins de règne pouvaient être soit très longues - Versailles s'est transformé progressivement en quasi-maison de retraite à mesure que Louis XIV n'en finissait pas de vieillir - soit inconnues ou très courtes, quand un mauvais mal ou un mauvais combat emportait sa Majesté d'un seul coup d'un seul.

En République, au moins, on sait quand le mandat du souverain élu se termine. Et les fins de règne sont donc  prévisibles, sauf accident de type mai 68 ou maladie pompidolienne. 


Nous y voilà à nouveau. Cette fois, le petit roi est bien nu, son entourage ne sait plus le masquer et multiplie les bourdes, illustrant tous les jours de parfaite manière la déconnexion totale du pouvoir et de ses mandants.

En clair, rien ne va et les langues se délient.

Rien ne va : pagaille financière et fiscale, secteur social et services publics d'Etat en miettes, politique industrielle et agricole illisible, sécurité publique et diplomatie en berne - l'épisode libyen, inachevé au demeurant, ne peut masquer les compromissions et complaisances avec tous les dictateurs de la zone, Kadhafi compris... On en passe.

Les langues se délient : on n'aura reculé devant rien pour conforter sa cupidité du pouvoir. Écoutes illégales, pressions invraisemblables sur les responsables de tout poil qui n'ont pour seul défaut que leur conscience personnelle et professionnelle, utilisation de l'appareil d'Etat au profit de sa caste, manipulations de l'opinion, volontarisme insensé, entêtement personnel (le taux réduit de TVA pour les restaurateurs... inutile et coûteuse lubie maintenue envers et contre tout !)... On en passe aussi.

Et nous voici en train de compter les jours, comme les marches d'un escalier qui n'en finit pas de descendre. Et sans être vraiment sûr qu'au bout du bout, tout en bas, on y trouvera un ascenseur tout rose... ou de de noires oubliettes malodorantes.



samedi 13 août 2011

Rions sous la pluie : l'été des Cartoons (Europe)

Puisqu'il ne cesse pas de flotter dans cet été qui n'en finit pas de se pourrir, voici la suite de la tournée cartoons d'été, côté Europe cette fois.

(Métro d'Oslo) Suite à un incident à la station "Rue de Bergen", 
tout a changé et rien ne sera plus jamais comme avant


Angela : Qu'est ce que c'est que ça ? 
Nicolas : L'Italie peut-être, ou l'Espagne, ou les deux !?

Qui a peur de la méchante crise ?







Grèce : problème résolu !
Le commerçant : d'une manière ou d'une autre, il faudra bien réduire notre montagne de dettes.
Sur la pancarte : Kebab, 1 600 000 € etc.



Sources: New Yorker (premier dessin) et Courrier international

Rions sous la pluie : l'été des Cartoons (USA)

Qu'ils soient européens ou américains, les dessinateurs de presse ne chôment pas. Et même ils se déchaînent. Il faut dire que l'actualité économique des deux côtés de l'Atlantique se prête à la caricature.

Alors, vaut-il mieux en rire... mais un peu jaune quand même. Petite sélection des cartoons USA, l'Europe aura son tour dans un prochain message...

L'âne démocrate : laisse moi le volant !
L'éléphant républicain : pas question, c'est moi qui conduit, dégage !

Sur le journal : "l'Or à 1 800$"
La femme : "As-tu vu mes bijoux ?"

 
La bourse m'a ratatiné mon épargne-retraite.
Il va falloir que je travaille des années en plus avant
de partir en retraite... quand j'aurai trouvé un job...


Sur l'arbre : la Dette
Sur la hache : économies budgétaires

Le compromis sur le budget envoie 
un message clair au monde entier :
nous négocions maintenant avec les terroristes.

Pas de panique, rappelez vous que nous nous portons mieux
que la plupart des autres pays du monde !

Dégradés !

Source : USA Today

vendredi 10 juin 2011

mercredi 6 avril 2011

Front national : c'est normal


Maintenant que l'après-élection cantonale est passé de mode, on peut revenir sur les cris des orfraies bien pensantes qui ont accueilli les scores du FN lors du scrutin.

Mais que les choses soient claires tout d'abord : il ne s'agit pas ici de légitimer des idées aussi néfastes à la démocratie et aussi nuisibles à la vie sociale que celles de Marine Le Pen et consorts. Il s'agit d'essayer, avec un peu de détachement, de rationaliser le phénomène.

Les composantes observables de ce carton du Front national sont aisément repérables :
- crise de l'emploi et mal de vivre, comme en témoigne la carte du vote FN, en grande partie alimenté par les régions du quart nord est, celles que l'on connait le mieux
- légitimation des idées et du discours frontiste par une partie des élites droitières du pays, dans de sordides calculs politicards
- faiblesse insigne des partis de gauche, empêtrés dans leurs salmigondis internes et complètement déconnectés de leurs mandants populaires possibles : PS trop peu représentatif et isolé des réalités populaires, Verts déboussolés par leur fusion forcée avec Europe-écologie, leur impossible candidate et leur plan B médiatique non moins impossible, partis d'extrême gauche insignifiants, à l'exception notable du parti de gauche, ce dernier toutefois complètement handicapé par la crise de leadership dont a profité Melenchon pour s'imposer.


Si on ajoute la stratégie de Marine Le Pen pour faire oublier les écarts de langage paternels... Bingo !

Nous sommes sans doute maintenant tout près de ce que nos amis démocrates italiens, qui en connaissent un rayon en la matière, sont navrés d'appeler la démocratie de l'impuissance : on va dans le mur, on a la claire conscience d'y aller, mais on y va quand même...

Alors que faire ?

Certainement pas stigmatiser, montrer du doigt, condamner : le vote Front national, avant d'être une posture individuelle, obéit à des constantes sociologiques fondamentales qui n'ont qu'un rapport distancié avec la volonté consciente des personnes. De plus, stigmatiser n'a guère d'efficacité quand on a boulot, une maison, une bagnole, et qu'on a aucun souci pour payer ses factures, et partir en vacances en plus.

Très certainement faut-il se battre, authentiquement, et avec tous les moyens qu'on peut avoir à sa disposition, individuellement et collectivement, pour que notre société rétablisse enfin un domaine d'égalité entre les citoyens estimé suffisant par eux-mêmes pour éviter la bascule à l'extrême. Mais encore faut-il encore être capable de percevoir, au delà de tous les égoïsmes catégoriels, une valeur fondamentale qui fait l'être humain : la solidarité, qui est elle-même une figure de la fraternité. Pas vraiment à la mode ni télégénique Allez, au boulot !



mercredi 26 janvier 2011

Un gène du dimanche ?


Quelquefois, la vie est trop longue. Et nous voilà, encore une fois, soulés par un énième débat ministériel sur "les rythmes scolaires", comme tout ce que notre beau pays compte de pédagogues, conduit par un énième comité théodule dont le rapport accouchera à peine d'un mulot, s'il faut en croire le devenir de la montagne de rapports précédents.

Mais à qui la faute si les semaines scolaires sont trop chargées ? Quels avis ont été recueillis en 2008 pour passer la semaine scolaire à quatre jours, sans consulter personne d'autre que les professionnels du tourisme, dans la volonté d'en découdre avec l'institution scolaire qui prévalait dans l'esprit du ministre de l'époque ? En bref, de qui se moque-t-on ?

Et si l'on se disait une bonne fois pour toutes que le rythme biologique doit en effet s’accommoder de rythmes sociaux et familiaux qu'il importe de clarifier aussi. Que dans de nombreux pays européens, l'année scolaire est fort différemment organisée - avec notamment beaucoup moins de vacances scolaires - et que leur système éducatif est au moins de même qualité (et fait même plutôt mieux, notamment en Europe du Nord), et, encore et encore, que le vrai rythme biologique - au sens le plus fort du terme - est le rythme quotidien ou annuel, et pas le rythme hebdomadaire. Nos ancêtres ne nous ont  pas légué de "gène du dimanche". Ca se saurait.

Pitié : qu'on ne nous fasse pas prendre des vessies pour des lanternes. S'il s'agit d'intérêts sociaux ou commerciaux, qu'on le dise, mais sans alibi chrono-biologico-machin svp. Il parait que le peuple est majeur.

Et encore faut-il passer sur le modèle de journée scolaire avec activités sportives ou culturelles qu'on essaie de présenter comme nouveau (donc forcément bon) alors qu'il a été mis en place depuis plus de 20 ans sur certains territoires. Ce modèle est extraordinairement coûteux et les collectivités locales qui s'y sont essayé se sont cassés les reins financièrement. Pourquoi donc vanter l'impossible, ou pire, l'inéquitable ?

jeudi 20 janvier 2011

Pole Emploi : Philosophons, philosophons, il en restera toujours quelque chose...



 Sur le site http://www.emploiparlonsnet.fr, animé par le Pôle emploi, les demandeurs d'emploi seront sans doute ravis d'entendre Edgar Morin leur conseiller de "Réveiller le logiciel du nous", "Régénérer l'espérance", "Se désintoxiquer avec la nouvelle économie", "Mettre un certain désordre nécessaire" et "Démondialiser, revitaliser"...

Stupéfiante et très suffisante mise en scène des impuissances du service public de l'emploi, qui, à défaut de pouvoir communiquer efficacement avec les plus de 4 millions de ses adhérents bien involontaires, habille sa communication avec les habits de la philo-sociologie.

Si la philosophie sert à cela, alors, pour reprendre le mot de Pascal, elle vaut pas une heure de peine.