dimanche 5 janvier 2020

« Le macronisme est une politique de l’insensible »

Quelle belle et (af)futée définition du "macronisme", présentée par Myriam Revault d’Allonnes dans l'édition du 17 décembre dans le Monde.

(Extrait)

Derrière les discours officiels qui en appellent à la solidarité et à l’universalité, notamment à travers le projet de réforme des retraites, aucun pouvoir n’a assumé avec autant de clarté l’idée que la politique relevait  avant tout d’une gestion calculante, venant en lieu et place d’une réflexion à long terme sur les fins ultimes de la société dans laquelle nous voulons vivre. 

Le processus qui veut que la société soit régie sur le modèle de l’entreprise n’est certes pas nouveau. Il caractérise ce qu’on appelle, faute de mieux, la «rationalité néolibérale» pour qui la politique doit être soumise aux mêmes critères que ceux du management. Ce sont des constats bien connus et sur lesquels il est inutile de revenir. 

A cet égard, le macronisme n’est pas une invention politique, mais l’aboutissement d’un processus de longue durée. Le «nouveau monde» n’a rien de nouveau, si ce n’est la proclamation explicite, non dissimulée, d’un certain nombre d’impératifs étroitement associés à une vision utilitariste du social. 

Et, encore une fois, cette vision utilitariste affecte profondément la manière dont on appréhende les sujets politiques : le nouveau modèle de subjectivation proposé aux individus est celui d’un sujet rationnel, entrepreneur de soi-même, performant, soustrait par le calcul et la prévision aux aléas de la contingence et débarrassé du même coup des déchirements intérieurs, des contradictions et des paradoxes qui font sa richesse. 

A cet égard, le macronisme est une politique de l’insensible.

L'article entier est ici  A garder, car il explique beaucoup de la situation actuelle, et sans doute de la période jusqu'à la fin de ce mandat présidentiel.






vendredi 15 juillet 2016

Sécurité, proximité



Les 7 et 9 janvier 2015, le 13 novembre, et maintenant le 14 juillet : un nouvel attentat, et dont la date sera malheureusement mémorisée.

Personne ne peut être empêché de "taper dans le tas" s'il le veut, que ce soit avec armes dédiées ou bien avec n'importe quel objet par destination, par exemple, un véhicule.

Il va donc falloir apprendre, collectivement, que la sécurité de tous doit être ré-envisagée, car les déclarations officielles de l'Etat notamment sont inquiétantes, au final.

En somme, si l'on entend nos gouvernants : "Citoyens, pleurez, car l'Etat veille à tout". L'Etat veille à tout, avant, pendant ou, hélas, après la tragédie. C'est un peu court comme réponse.

Mais enfin ! Qui peut croire que tous les agents de la sécurité publique seraient suffire pour assurer, partout, tout le temps, la sécurité de tout un pays de 60 habitants, plus de 80 millions de visiteurs annuels... ? 

Ce discours franco-français parait insupportable. D'autant que les menaces sont lourdes, réelles, inouïes, puisque des organisations - au premier rang les cinglés du pseudo Etat islamique - les rendent parfaitement légitimes au regard d'une religion distordue et malfaisante, et même mieux, les favorisent et les outillent.

La sécurité collective, pourtant et par définition, est une affaire collective concernant chacun d'entre nous, et pas seulement institutionnelle, procédurale et organisationnelle. La sécurité collective est donc aussi une affaire de proximité "horizontale", et pas seulement une démarche traitée verticalement,  par le haut.



Pourquoi en effet les voisins de l'appartement de Saint Denis bien avant les attentats du 13 novembre n'ont-ils rien signalé, alors que témoignages ont parfaitement signalé que les occupants transportaient des armes ?

Pourquoi certains des terroristes ont-ils pu de Paris à Reims hors des radars des organismes concernés, mais certainement pas sous le regard des personnes rencontrées lors du trajet ?

Et ainsi de suite. Et les propositions du rapport relatif aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015 sont également totalement muettes sur ce que l'on pourrait appeler un anti-terrorisme de proximité.



Nous y sommes très loin.

La police de proximité a disparu dès accession de Monsieur Sarkozy au Ministère de l'Intérieur,  sans jamais avoir été ressuscitée, comme s'il fallait s'en méfier : trop proche de la population...

La direction des renseignements généraux fut désorganisée, et la fusion des services de sécurité intérieure dans une DGSI ont éloigné tous les acteurs concernés du renseignement de terrain à la papa. L'observateur des suites des attentats de 2015 et de celui de Nice constate que le renseignement informatique et technologique n'a pas été suffisant.

Celui-ci apporte une montagne d'informations, et parmi lesquelles celles qui concernent sur les attentats, passés ou sans doute futurs. Mais seule l'intelligence humaine peut interpréter et apporter sens à la chaîne de renseignement.

De surcroît et pour l'heure, la DGSI compte en tout et pour tout, pour toutes ses missions et pour l'ensemble du territoire, de 3 200 agents de toute catégorie, et dont les missions ne sont plus orientées vers le contact avec la population et ses représentants. Alors, avec qui faut-il parler s'il faut signaler un fait qu'il faut interpréter ?

Plus généralement, puisque la population française, dans toutes ses composantes, condamne le terrorisme de l'islam extrême, chacun de ses éléments - individu, association, organisme de la société civile, acteur économique - doit être alerté et, le cas échéant, peut et doit jouer un rôle actif dans ce combat.

Encore faut-il envoyer ce message à l'ensemble de la société, le rendre légitime et créer le réceptacle  légal, réglementaire et ordonné des informations pertinentes recelées par chacun.

Plus profondément, que l'Etat prenne confiance dans la société, y inclus sur les questions de sécurité, plutôt que s'en méfier.

Mais nous retrouvons là, dans ce domaine comme sur beaucoup d'autres, une conception dépassée de l'Etat.

A défaut, tant et tant de moyens dédiés ne suffiront jamais.

Et, comme dans tous les autres secteurs de la vie nationale, chaque gouvernant devrait s'interdire le "Je". Ce "Je" est devenu beaucoup trop dangereux.



dimanche 8 février 2015

La catastrophe des crocodiles



En matière politique, il ne faudrait avoir aucune mémoire.

Depuis les attentats des 7 et 9 janvier, il n'est question dans le discours politique que de "citoyenneté", de "vivre ensemble" et de "laïcité"...

Fort bien. Mais il faut d'abord se souvenir que, bien souvent, plus on parle d'une notion ou d'une idée, et moins elle s'incarne dans la réalité.

Il faut ensuite également, encore et encore, rappeler cette vérité première de Nietzsche : "L'Etat est le plus froid de tous les monstres froids". 

En effet, que constate-on depuis trente années dans la politique continue de l'Etat en France, quels que soient nos gouvernants : une longue et inexorable mise à mort du mouvement fédératif associatif dont le principal objectif était bien de cultiver "le vivre ensemble", partout où il était possible et par une multitude de modes d'action : sociaux, culturels, éducatifs, sportifs etc.

Mise à mort systématique, multiple et acharnée :
  • disparition quasi totale des moyens attribués par l'Etat jusque dans les années 80 pour permettre aux grands réseaux associatifs de conserver un minimum de compétence et  de capacité de réflexion, 
  • transformation des réseaux associatifs en boutiques de gestion, qui, à force de "gérer les fonds", ont totalement perdu une capacité à "gérer LE fonds", c'est à dire un projet social à la mesure des enjeux des évolutions de la société,
  • survalorisation des "associations locales de base", les seules considérées comme "vraies interlocutrices", même si elles finissent au cimetière dès que le Ministre concerné en a sucé le potentiel médiatique à son profit, quel que soit par ailleurs son efficacité et pertinence sociale... et cela continue. On épargnera ici la cohorte des profiteurs et profiteuses, qui, sur cette vague éphémère, ont tiré profit personnel de cette collusion avec les politiques tout aussi paumés qu'une bonne partie de la population elle-même,
  • pactisation avec une partie des élites associatives pour instrumentaliser les fédérations au seul profit des politiques gouvernementales errant de ci de là, au bénéfice des intérêts partisans à court terme, avec le succès que l'on connait...
  • sanctuarisation d'un système éducatif figé, ne s'adressant qu'à une partie minoritaire des enfants et ayant renoncé à former pédagogiquement les enseignants, considérant que seule l'étude d'une discipline est légitime pour s'adresser à une population devenue si composite,
L'Etat français est le seul en Europe a avoir ainsi sacrifié à ce point ses réseaux associatifs et leurs champs d'action, qui désormais ressemblent, tous ensemble, à un vaste champ de ruine. Est-elle même aperçue, cette dévastation ?

Parallèlement, l'Etat français menait une "Politique de la Ville", transformant cette fois les collectivités locales en purs outils de son pouvoir, au moins au départ. Heureusement, après une phase inopérante jusque dans les années 90, il fallut que les élus locaux imposent enfin quelques principes pragmatiques pour que l'essentiel des moyens soient utilisés à bon escient... mais essentiellement pour l'aspect urbanistique ou locatif de cette politique, et beaucoup moins pour l'aspect social, culturel et éducatif.

Et faut-il considérer que ce volet est-il réussi, alors que nous trouvons partout en France tant de quartiers-guettos  ? Certainement non. Et, encore une fois, aucun désastre comparable ne se constate dans les autres pays européens.

Alors d'où vient ce mal français ? Comment l'analyser, et, peut être, enfin le rendre collectivement conscient ?

Une partie sans doute faut-il l'attribuer à la faible audience des réseaux fédératifs auprès des partis politiques, mais aussi auprès de la très haute administration.

On a assez souligné les défauts d'un système de recrutement de la haute fonction publique trop homogène, trop peu représentatif de ce fait de l'ensemble de la société, jusque y compris dans ses composantes associatives, totalement inaperçues des hauts fonctionnaires, sauf quand, par hasard, elles peuvent servir quelques intérêts ponctuels. Mais jamais leur légitimité n'est reconnue de manière globale et par principe.

Quant au partis politiques de gauche, il ne conçoivent la légitimité les réseaux associatifs qu'à leur service, les partis de droite, eux, soupçonnant que ces réseaux sont d'abord des relais de la gauche.

On pourrait aussi développer de manière analogue la faible légitimité des organismes représentatifs des salariés, mais aussi des représentations des cultes, dans une société abandonnée par les religions - ce qui n'est pas forcément une catastrophe en soi, sauf quand, entre la population et le pouvoir, il ne reste que l'internet ou la télévision. Nous y voilà.



Bref, le Roi est nu et plus aucun relais n'active le "savoir vivre ensemble" dans la société prise globalement.

Localement, restent les collectivités locales, qui ne peuvent, à elles toutes seules, représenter l'ensemble des composantes d'une collectivité et en organiser la rencontre, et ce n'est d'ailleurs pas leur rôle principal.

Alors il est bien temps de crier au secours, d'annoncer d'un seul coup la multiplication par quatre le nombre des candidats au service civique et autres propositions impossible à mettre en oeuvre du fait d'avoir dévoré tous les opérateurs possibles, ceux qui restent étant surtout préoccupés de leur propre survie.

Par son système de subsidiarité, par les protections accordées aux fédérations associatifs, l'Allemagne et les pays d'Europe du Nord ont gardé ces relais, tant bien que mal.

Quant aux pays d'Europe du Sud, la furie normative qui agite la France ne les a pas encore touchées, et n'a donc pas encore tué ce qu'il reste d'associations.

Alors janvier est une catastrophe, oui. Mais les crocodiles pleurent au milieu des autres.

Que proposer ? Le chantier est si vaste que le regard ne sait plus où s'arrêter. Alors au moins hasardons une vaste concertation, avec ce qui reste des réseaux - et il en reste si peu - sans pinailler ni sur leur légitimité ni sur leur représentativité pour se poser enfin quelques questions essentielles : comment énoncer le rôle de chacun ? Comment réinvestir le territoire par les réseaux associatifs ? Comment ne pas laisser l'ensemble de la population en tête à tête avec l'internet et la télévision ? Comment organiser les relations sociales, territoire par territoire, sans se reposer uniquement sur les collectivités locales, déjà elles-mêmes bien diminuées par les ponctions qui paient une dette qu'elles n'ont pas créées, et bien surchargées par l'ensemble des obligations que l'Etat, sans pitié, lui ajoute chaque jour.

A voir : AUX ASSOCIATIONS D'ÉDUCATION POPULAIRE, AUX ASSOCIATIONS CITOYENNES




Note : on ne résistera pas à reproduire toute la citation de du "Zarathoustra" : « Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n'est pas chez nous mes frères, chez nous il y a des Etats.

Etat, qu'est-ce que cela ? Allons ! ouvrez vos oreilles, je vais vous parler de la mort des peuples.
L'Etat, c'est le plus froid de tous les monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « moi l'Etat, je suis le peuple ».

C'est un mensonge ! Ils étaient des créateurs ceux qui créèrent les peuples et qui suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour : ainsi ils servaient la vie.

Ce sont des destructeurs ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui appellent cela un Etat : ils suspendent au-dessus d'eux un glaive et cent appétits.

Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l'Etat et il le déteste comme le mauvais œil et une dérogation aux coutumes et aux lois. »




mercredi 30 avril 2014

Paquebot

On n'aurait pas cru que cette belle affiche du Normandie, récupérée sur une page Facebook dédiée à l'histoire de la publicité, nous aurait entraîné si loin et méritait mieux qu'un simple message Facebook.

Le prochain message, en gestation, traitera du "Millefeuille" institutionnel français. 



A propos de l'affiche : rendons nous à l'évidence : une grande partie de ce qui fut fait, écrit, édité, représenté, construit il n'y a pas si longtemps, et avec tant de plaisir, n'est tout simplement plus possible. Cela s'appelle sans doute vieillir.

Car le phénomène illustré par les surcharges ne s'applique pas seulement au graphisme publicitaire... mais à peu près à tous les projets collectifs, dans quelque domaine que ce soit. 

D'où cette question stupéfiante : comment est-il encore possible d'accomplir quelque chose de réel, de vrai, de concret dans nos sociétés hypercontrôlées et hypercontrôlantes, jusqu'à stériliser les imaginations et les initiatives.

Comme si progressivement s'ancrer l'idée que la capacité à innover, à créer, était réservée à une élite dirigeante dont le principal travail est d'empêcher tous les autres de participer au processus d'initiative sociale, culturelle et politique. C'est grave, mais bien réel et vécu tous les jours. Il faudra développer.

dimanche 12 janvier 2014